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Un temps très long

9 Vendémiaire, an 221

dimanche 30 septembre 2012, par Olivier

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Il arrive que dans des articles facétieux, on prétende comparer la fortune des plus riches de nos congénères humains, ou humanoïdes [1], à celle d’autres, moins favorisés en ce qui concerne le remplissage de leur compte en banque.


Parler de milliards d’euros ou de dollars ne laissant pas dans les esprits suffisamment d’éléments de comparaison, on a parfois recours à d’autres expédients pour mieux imaginer ces comparaisons.

On utilise par exemple une nouvelle unité, celle du Salaire minimum par mois. En quelque sorte, on se pose la question de savoir combien de temps il faudrait à une personne gagnant le salaire minimum pour accumuler la fortune considérée.

Imaginons par exemple qu’un individu possède une fortune inimaginable, mais imaginons cette situation tout de même ; une fortune, dirons-nous, de quarante milliards d’euros, soit environ 50 milliards de dollars, à 1 ou deux milliards pr§s, vous n’allez pas chipoter, tout de même.
À ce niveau-là, c’est dans la cour de Bill Gates, Carlos Slim, Warren Buffet, Bernard Arnaud, que l’on joue.

En France, le SMIC (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance), est d’environ mille euros [2].

La question posée est donc : « Combien de temps une personne au salaire minimum mettra-t-elle pour amasser une telle somme de quarante milliards d’euros ? »

Le calcul est simple : quarante milliards d’euros à raison de mille euros par mois, cela fait un total très exact de quarante millions de mois, soit un total simplifié de plus de trois millions d’années.
Seul un smicard australopithèque contemporain de Lucy pourrait avoir amassé une telle somme. Sachant d’ailleurs que notre smicard australopithèque aura commencé sa carrière à une époque où la loi du plus fort était sans doute la règle, il est logique que les plus riches d’entre nous, véritables prédateurs financiers, se contrefichent comme de leur première chemise de la quantité de faillites, de misères, de suicides, de destructions sociales et humaines que provoquent le moindre de leurs coups de bourses.

Nos requins de la finance sont-ils donc des smicards australopithèques ? Et bien, même pas. Il y a une erreur dans le raisonnement. Parce qu’il est fort rare qu’un smicard, même australopithèque, puisse mettre de côté, chaque mois, l’intégralité de son salaire ! Il faut bien vivre, se nourrir, se vêtir, se loger, et donc dépenser pour ce faire une bonne partie de la somme que ses patrons se croient obligés de leur céder [3].

C’est donc beaucoup plus de trois millions d’années qui seront nécessaires pour amasser cette fortune. En imaginant qu’il parvienne à économiser un dixième de son salaire chaque mois, il lui faudra dix fois plus de temps, 30 millions d’années ! Une époque d’ailleurs où il y avait peut-être des hominidés, mais en tous cas point d’êtres humains, dans tous les sens du terme.

Notes

[1La question est posée d’entrée : nos congénères les plus riches sont-ils humains ou humanoïdes ? Tout dépend de ce que l’on entend par humanité. Au niveau biologique, ce sont certainement des êtres humains. Mais si l’on veut entendre dans le mot “humain” ce que l’on veut écouter dans l’expression “traiter les autres avec humanité”, alors on a le droit de douter de l’humanité de ces personnes-là.

[2C’est en fait un peu plus, mais pour nos calculs, c’est un peu plus simple, et en plus, tout le monde ne le gagne pas, le SMIC : les patrons trouvent toujours le moyen de contourner la loi et inventent des systèmes pour payer moins que le salaire minimum. Ils sont allés un peu vite dans leur éducation et n’ont toujours pas compris ce que signifie “minimum”.

[3Une bien belle image due à Yves Jamait, dans sa chanson Y’en a qui...

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